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Questions et réponses avec Marine Le Pen


La présidente du Front national (FN) du parti d'extrême droite français Marine Le Pen s'exprime après les résultats des élections municipales en France. (Kenzo Tribouillard/AFP/Getty Images)

Marine Le Pen, la fille du cofondateur du Front national Jean-Marie Le Pen, a mené le parti à des gains historiques aux élections françaises le mois dernier en déployant un nationalisme plus tempéré. elle est maintenant essayant de construire une nouvelle alliance de nationalistes européens au Parlement européen. Les élections sont en mai.

Q. Dans quelle mesure votre parti est-il vraiment différent aujourd'hui de ce qu'il était lorsque votre père l'a formé pour la première fois dans les années 1970 ?

R. Bien sûr, ça doit être différent, car un parti n'est pas le même lorsqu'il atteint 10 % et lorsqu'il atteint 25 % des voix. Le Front national a surtout gagné en maturité. Il a maintenant plus de 40 ans. Le Front national était autrefois un parti d'opposition, un parti qui remettait en cause et critiquait le système, c'est maintenant un parti qui est prêt à gouverner.

Q. Le parti est décrit comme un parti réformé, mais est-ce plutôt vous-même qui êtes plus modéré que le parti lui-même ?

R. Je pense que la politique est une affaire de personne. Plus précisément sous la Ve République française. Dans un système politique sain, un parti politique doit ressembler à son chef. C'est la raison pour laquelle il y a une crise politique en cours en France, car ce n'est pas le cas dans d'autres partis. Par exemple, les enjeux et les volontés de la base électorale de [l'Union pour un mouvement populaire de centre-droit] sont très différents de ceux des dirigeants de l'UMP, et c'est ce qui génère aujourd'hui cette crise politique en France.

Q. Y a-t-il encore un foyer pour la pensée d'extrême droite dans votre parti ?

R. J'ai toujours été très clair à ce sujet : le Front national n'est pas un parti d'extrême droite. Le parti a été appelé ainsi par nos opposants pour nous discréditer. D'ailleurs, tout mouvement patriotique qui cherche à s'opposer aux choix politiques de ceux qui dirigent leur pays s'appelle ainsi, afin de les discréditer. Une fois, j'ai accordé une interview à un journaliste japonais qui m'a regardé avec franchise et m'a dit : je ne comprends pas pourquoi ils appellent votre parti d'extrême droite, je ne vois aucune proposition d'extrême droite dans votre programme .

Q. Si vous parvenez à faire bloc aux élections européennes, que feriez-vous au Parlement ?

A. Faire tout ce que je peux pour arrêter l'intégration européenne et récupérer autant de pouvoir que possible de l'UE. de rendre ce pouvoir aux nations. J'ai quatre priorités. Rendre aux Français leur souveraineté sur le territoire français, leur souveraineté sur la monnaie, leur souveraineté sur l'économie et le droit.

Q. Vous voulez donc vous retirer de l'Union européenne ?

A. Le Front National veut organiser un référendum pour demander aux Français s'ils veulent rester dans l'UE. ou pas. L'opinion des Français a été trahie en 2005. Lorsqu'ils ont dit non au traité de Lisbonne, les responsables politiques ont dit oui et ont poignardé les électeurs français dans le dos. Avant le référendum, j'irai dans l'UE. disant que je veux qu'ils nous rendent la pleine souveraineté sur les questions précédemment évoquées. Si l'UE refuse, je demanderai alors aux Français de se retirer de l'UE.

Q. À quel point êtes-vous proche d'une coalition de partis européens ?

R. Je suis convaincu que nous aurons un groupe. Jusqu'à présent, nos recherches se portent bien, je pense que nous aurons le Parti autrichien de la liberté, les Démocrates suédois, Fratelli d'Italia et/ou la Ligue du Nord en Italie, le parti de Geert Wilders aux Pays-Bas, et d'autres avec qui nous sommes actuellement en discussion avec.

Q. Par exemple pour Jobbik et Golden Dawn. . . vous avez dit que vous ne vouliez pas qu'ils fassent partie de votre coalition, pourquoi ? Et sinon eux, qui d'autre travaillerait ?

A. Golden Dawn est un groupe néo-nazi, nous n'avons donc aucun moyen de travailler avec eux. Quant aux autres mouvements, ils ne défendent pas les principes requis pour appartenir au groupe.

Q. Vous avez été cité pour avoir déclaré que l'école ne devrait pas être un lieu d'expression religieuse. Est-il vrai que vous allez arrêter de proposer des repas sans porc dans les villes où votre parti a remporté les mairies ? Quels autres changements peut-on s'attendre à voir dans ces villes dirigées par le Front national ?

R. Ce que j'ai dit, c'est qu'il y a des écoles en France aujourd'hui où la viande de porc est interdite. Je suis en faveur de l'interdiction de l'interdiction du porc. Maintenant, il y a toujours le choix dans les écoles françaises, et c'est une bonne chose. Cependant je ne vois pas pourquoi en France le porc devrait être interdit simplement parce qu'une minorité n'en mange pas, et prive les autres du droit de manger du porc.

Q. Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement sur le terrain ?

R. Il y a toujours une alternative. Si vous cédez aux groupes religieux sur de petites choses, ils en redemanderont toujours. Par exemple l'année dernière au Havre, 8 000 mousses au chocolat ont été jetées simplement parce qu'il y avait de la gelée de porc dedans. Nous devons mettre un terme à cela.

Q. Quels autres changements proposez-vous dans ces villes ?

A. Réduire les impôts. Arrêtez le financement par la ville des associations communautaires et liées aux partis. Mettre en œuvre des politiques en faveur des petites entreprises et des magasins contre les chaînes de supermarchés qui les tuent. Et enfin mettre en œuvre une politique de tolérance zéro sur les questions de sécurité.

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Q. Que pense votre père de votre message mis à jour ?

R. Très honnêtement, je pense que Jean-Marie Le Pen est heureux de voir que le Front national se transforme en un parti capable de gouverner. Il n'a aucun goût pour l'effort inutile. Il est donc bien conscient que pour y parvenir le FN doit toucher plus de 50 % des Français. C'est pourquoi il est naturel que le FN fasse appel aux patriotes de gauche et de droite.

Q. Avez-vous répudié les commentaires de votre père sur l'Holocauste ? Et que pensez-vous de l'Holocauste ?

R. Je n'ai jamais essayé de porter un jugement contre mon propre père, car je considère que dans notre culture européenne on ne juge pas ses parents. Maintenant, j'ai exprimé mes désaccords avec mon père sur certains points, des désaccords liés à la façon dont il faut exprimer les choses, quelque chose qui a aussi à voir avec une différence de générations. Je voudrais dire que le Front national n'a jamais été antisémite. Non seulement je ne suis pas antisémite, mais j'ai expliqué à mes compatriotes juifs que le mouvement le plus à même de les protéger est le Front National. Car le plus grand danger aujourd'hui est la montée d'un antisémitisme dans les banlieues, issu des fondamentalistes musulmans.

Q. Une autre critique contre le FN est qu'il est enraciné dans l'islamophobie. Quelle est votre politique en matière d'immigration en France, notamment vis-à-vis des pays musulmans ?

R. Il est intéressant de voir comment ce mot islamophobie créé par la République islamique d'Iran a progressivement pénétré les plus hautes sphères du pouvoir politique et des médias. Nos positions sont très claires et s'inscrivent parfaitement dans la lignée de celles de la République. On peut devenir citoyen français. . . si seulement les Français l'acceptent. Il faut répondre à un certain nombre de critères. Nous sommes aujourd'hui favorables à l'arrêt de l'immigration car la France est confrontée depuis 30 ans à une immigration massive et anarchique, ce qui pose des problèmes importants sur l'économie et dans notre société. Cela empêche finalement l'assimilation des immigrés avec la population locale. Et c'est une source de conflits.

Q. Pensez-vous être un jour président de la France ? Si vous l'étiez, à quoi ressemblerait la France après votre premier mandat ?

R. Oui, j'envisage d'être président un jour. La raison en est que je ne vois personne dans la politique française aujourd'hui qui ait le courage de mettre en place des mesures pour aider la France à se relever. Ce n'est qu'alors que la France ressemblera à nouveau à la France. La France n'a pas ressemblé à la France depuis très longtemps.